Communication du NOUVEL AN par BOB AVAKIAN

Une nouvelle année,
Le besoin urgent pour un monde radicalement nouveau –
Pour l’émancipation de l’humanité entière

https://nouveaucommunismefrance.wordpress.com/2021/02/24/une-nouvelle-annee-le-besoin-urgent-pour-un-monde-radicalement-nouveau-pour-lemancipation-de-lhumanite-entiere/

1 Dans ma communication du 1er août 2020, j’ai avancé l’analyse selon laquelle, dans les circonstances particulières de cette élection présidentielle et les enjeux vraiment profonds qu’elle a posés, si le régime Trump/Pence se trouvait encore au pouvoir au moment de cette élection, il serait nécessaire et important de voter pour Biden afin de livrer une défaite électorale décisive au fascisme représenté par ce régime. En même temps, j’ai souligné que le simple fait de se fier au vote conduirait vraisemblablement au désastre, et qu’il était d’une importance vitale que les gens descendent dans la rue, dans une mobilisation de masse non violente mais soutenue et croissante, suivant l’appel lancé par RefuseFascism.org que ce régime fasciste soit chassé tout de suite – OUT NOW !

Il s’est avéré que les électeurs ont voté en grand nombre pour évincer ce régime fasciste – et, ce faisant, ont infligé une défaite électorale suffisamment décisive au régime Trump/Pence pour que sa tentative de coup d’État progressive, devenue extrêmement violente, soit plus difficile à réaliser et soit finalement vaincue, Trump étant contraint de partir (tout en refusant de reconnaître sa perte aux élections), alors même que l’inauguration de Biden ait dû avoir lieu dans une capitale devenue un camp armé verrouillé.

Dans l’immédiat, la catastrophe a été évitée de justesse qui se serait produite si ce régime fasciste avait été réélu (ou était resté au pouvoir d’une autre manière) et, sur cette base, avait consolidé davantage son pouvoir fasciste et aurait été davantage enhardi et libre pour mettre en œuvre son horrible programme. Le fait que le régime Trump/Pence ait dû quitter ses fonctions est d’une grande importance et mérite en soi d’être célébré ! Pourtant, la réalité est que, non seulement par rapport à cette élection, mais tout au long des quatre années du mandat de ce régime et ses atrocités croissantes, il n’y a pas eu la mobilisation non violente massive appelée par Refuse Fascism pour chasser ce régime et, au lendemain de l’élection, les rues ont été dominées par les mobilisations fascistes, et non pas par l’opposition au fascisme. Il en est résulté une situation où, malgré la défaite électorale du régime Trump/Pence, les forces du fascisme continuent à gagner du terrain à bien des égards, et l’opposition est restée beaucoup trop passive et tributaires des conditions fixées par le Parti démocratique.

Il faut se rendre à l’évidence que, comme l’a montré l’élection, près de la moitié de la population états-unienne a accueilli avec passion, agressivité et belligérance ce que représente le « Trumpisme ». La vérité incontournable est que les Etats-Unis, la très célèbre « cité qui brille sur la colline » est remplie de fascistes ! – au sein du gouvernement à tous les niveaux et dans de larges parties de la société. Et une caractéristique déterminante de ces fascistes est leur allégeance fanatique à des distorsions démentes de la réalité, ce qui est extrêmement difficile (et dans de nombreux cas impossible) de pénétrer avec la raison et les faits, parce que ces distorsions servent à renforcer leur sentiment que leurs privilèges « mérités » sont menacés et à rendre les préjugés et les haines de longue date encore plus virulents. Ce fascisme est profondément enraciné dans la dynamique sous-jacente du système capitaliste-impérialiste qui gouverne aux Etats-Unis et dans toute son histoire depuis sa fondation dans l’esclavage et le génocide. Il y a une autre vérité essentielle liée à cela : Biden échouera lamentablement lors de sa tentative de faire « guérir » et « d’unir le pays ». Comme je l’ai écrit précédemment :

Biden et les Démocrates ne peuvent pas « unir le pays », comme ils le prétendent à tort, car il ne peut y avoir de « réconciliation » avec ces fascistes – dont les « griefs » sont fondés sur un ressentiment fanatique contre toute limitation de la suprématie blanche, de la suprématie masculine, de la xénophobie (haine des étrangers), du chauvinisme américain enragé, et du pillage effréné de l’environnement, et s’expriment de plus en plus en termes littéralement lunatiques. Il ne peut y avoir de « réconciliation » avec cela, si ce n’est selon les termes de ces fascistes, avec toutes les terribles implications et conséquences de cela !

Il ne fait aucun doute que plusieurs politiques de l’administration Biden/Harris seront différentes des atrocités flagrantes du régime Trump/Pence, et on aura certainement « le sentiment que les choses sont différentes » avec Biden et Harris, mais la manière dont ils tenteront « d’unir le pays » – conformément aux intérêts et aux exigences de ce système de capitalisme-impérialisme – est quelque chose qu’aucune personne décente ne devrait vouloir, ou agir pour en faire partie. En cherchant à rétablir et à renforcer la « stabilité » des Etats-Unis et de le maintenir comme la première puissance oppressive du monde, Biden, Harris, et les Démocrates (ainsi que d’autres institutions « traditionnelles », comme le New York Times et CNN), feront des efforts déterminés pour maintenir les masses, qui à juste titre ont détesté le fascisme de Trump/Pence et qui aspirent à un monde plus juste, fermement liées à ce système – en réduisant leur vision politique, et activités, aux confins de ce système, les empêchant d’agir dans leurs propres intérêts fondamentaux et ceux de l’humanité dans son ensemble. Et dans la mesure où les choses sont maintenues dans les limites de ce système, cela aura en réalité pour effet la poursuite des horreurs pour l’humanité qui sont intégrées dans ce système, tout en renforçant et donnant un nouvel élan aux forces économiques sous-jacentes, ainsi qu’aux forces sociales et politiques qui raffermiront le fascisme ayant déjà fait preuve d’une grande vigueur aux Etats-Unis (et dans un certain nombre d’autres pays).

2 Même s’il est essentiel que le vote lors de cette élection ait abouti à une défaite décisive pour le gouvernement Trump/Pence et ses tentatives de consolider davantage le régime fasciste, il ne faut pas que cela occulte cette vérité cruciale : la manière de défendre et de poursuivre les intérêts du système capitaliste-impérialiste et le pouvoir de la classe capitaliste reste une source de discorde dans la polarisation entre les Démocrates et les Républicains, telle qu’elle s’exprime à travers le processus électoral aux Etats-Unis. Elle ne représente pas les divisions fondamentales de la société et du monde, ni les intérêts fondamentaux des masses, aux Etats-Unis et dans le monde entier. De même, les problèmes profonds auxquels l’humanité est confrontée ne peuvent pas être résolus – en fait, ils ne peuvent que s’aggraver – dans les limites de ce système d’exploitation et d’oppression meurtrière, ainsi que dans le chaos et la destruction qu’il continuera à déclencher à grande échelle, tant qu’il continuera à dominer le monde.

C’est une vérité fondée sur des faits et scientifiquement établie. Ignorer, nier ou essayer de poursuivre une évasion individuelle de cette réalité ne fera qu’empirer les choses et accélérer le désastre.

La défaite électorale du régime Trump/Pence ne fait que « gagner du temps » – à la fois par rapport au danger imminent posé par le fascisme que ce régime représente, et plus fondamentalement en termes de la crise potentiellement existentielle à laquelle l’humanité est de plus en plus confrontée du fait qu’elle est liée à la dynamique de ce système de capitalisme-impérialisme. Mais, en termes essentiels, le temps n’est pas du côté de la lutte pour un meilleur avenir pour l’humanité. Il ne faut donc pas gaspiller le temps qu’il y a, s’embourber dans l’individualisme inconscient et la paralysie politique ou gâcher le temps par des activités mal orientées qui ne font que renforcer ce système perpétuant des horreurs sans fin pour les masses de l’humanité et qui a amené les choses au bord d’une catastrophe bien réelle.

Une polarisation profondément différente doit être mise en place, en accord avec le potentiel d’un monde radicalement différent et meilleur, représentant les intérêts réels des masses et, en fin de compte, de l’humanité tout entière. Il faut adopter une approche radicalement différente pour comprendre les relations et les problèmes de la société et pour agir en conséquence – une méthode et approche rigoureusement et toujours scientifique.

3 Parmi les nombreuses personnes qui ont été scandalisées par la façon dont Trump s’est constamment engagé dans des mensonges pathologiques et intentionnels, on a vu un fort accent sur l’importance de la science et de la vérité, sur les faits et un raisonnement fondé sur des preuves. Cela s’est concentré dans une large mesure sur l’approche cruellement anti-scientifique que Trump et Pence ont adopté envers la pandémie de COVID-19, et l’encouragement de cette folie anti-scientifique parmi la « base » fasciste dans la société en général – ce qui a conduit à des dizaines de milliers (voire des centaines de milliers) de décès inutiles ainsi que des difficultés et des souffrances inutiles pour les masses. Cet accent sur la science et la méthode scientifique est d’une importance vitale, mais il est également nécessaire de souligner le besoin palpable et la grande importance de d’être cohérent à cet égard, et de suivre la vérité scientifiquement déterminée où qu’elle mène, afin de comprendre correctement la réalité, dans tous les domaines de la vie et de la société.

Cela signifie qu’il faut rompre complètement avec et aller plus loin que l’approche qui consiste simplement à accepter les vérités – ou les supposées vérités – avec lesquelles on se sent à l’aise, tout en rejetant, écartant ou éludant la vérité réelle qui peut nous rendre mal à l’aise. Une dimension importante de cette situation est de dépasser et de refuser méthodologiquement le relativisme philosophique de la « politique d’identité », qui fait beaucoup de mal par sa propre version de la réduction de la « vérité » à l’expérience partielle, non systématisée et au sentiment subjectif (« ma vérité »… « notre vérité »…) en opposition à la vérité réelle et objective, qui est correctement, scientifiquement établie par un processus fondé sur des preuves, pour déterminer si une chose (une idée, une théorie, une affirmation, etc.) correspond ou non à la véritable réalité matérielle. Alors que politiquement cette « politique identitaire » peut être le fruit d’une volonté de s’opposer à diverses formes d’oppression – même si c’est souvent caractérisée, et dénaturée, par des personnes d’identités différentes cherchant à revendiquer la « propriété » de l’opposition à l’oppression – en termes d’épistémologie (l’approche pour comprendre la réalité et arriver à la vérité des choses) la « politique de l’identité » a beaucoup en commun avec le recours à des « faits alternatifs » (des affirmations qui s’opposent à des faits réels, souvent de manière délirante) qui est l’incontournable marque des fascistes. Même s’il est important de reconnaître les distinctions politiques en jeu, la situation est bien trop grave et les enjeux bien trop importants pour se laisser convaincre par ou concilier avec, toute forme d’opposition que ce soit à la méthode scientifique et à sa recherche d’une vérité objective sur la réalité.

Pour comprendre pourquoi nous sommes confrontés à la situation dans laquelle nous nous trouvons, il ne faut pas se contenter de réagir à – et même de se laisser ballotter par – ce qui se passe en surface à un moment donné, il faut creuser sous la surface pour découvrir les ressorts et les causes sous-jacentes des choses, et parvenir à appréhender le problème fondamental et la véritable solution. Cela signifie qu’il faut arriver à comprendre de manière scientifique que nous vivons sous un système, et ce que ce système est réellement (le système du capitalisme-impérialisme) ; travailler à saisir les relations et la dynamique plus profondes de ce système et comment cela définit le cadre de la manière dont les différentes couches de la société pensent et réagissent spontanément aux événements de la société et du monde, et quelle est la voie possible pour transformer tout cela dans l’intérêt des masses de l’humanité et, en fin de compte, de l’ensemble de l’humanité. Il s’agit en partie d’une compréhension scientifique des changements majeurs, résultant de la dynamique et du fonctionnement même de ce système qui ont conduit à des bouleversements dans la société et ont alimenté sensiblement ce fascisme : les changements dans l’économie capitaliste-impérialiste et respectivement dans la structure sociale et la « composition sociale » des Etats-Unis, ainsi qu’au niveau international, qui ont miné les formes « traditionnelles » d’oppression sans toutefois conduire à y mettre fin mais au contraire à l’établir et à l’imposer sous de nouvelles formes, tout en provoquant ce qui est vraiment une réaction insensée, sadique et souvent violente de la part des secteurs de la société qui ont identifié leurs intérêts, jusque dans leur être même, avec les formes traditionnelles d’oppression.

En guise d’introduction, et de point global, en ce qui concerne certains de ces changements importants, il est important de souligner que ces changements, et en particulier ceux qui se sont produits au cours des dernières décennies, sont liés au parasitisme accru du capitalisme-impérialisme dans le monde contemporain. Comme je l’ai expliqué dans Percées : La percée historique réalisée par Marx et la nouvelle percée du nouveau communisme, Un résumé basique, le parasitisme désigne le fait

qu’un capitalisme de plus en plus mondialisé s’appuie fortement, pour la production et pour maintenir le taux de profit, sur un vaste réseau d’ateliers de misère, notamment dans le Tiers Monde d’Amérique latine, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie, tandis que l’activité capitaliste dans les « pays d’origine » capitalistes-impérialistes se situe de plus en plus dans le domaine de la finance et de la spéculation financière, et « du haut de gamme » de la haute technologie (et non pas de la production des matériaux physiques de base pour cette technologie), ainsi que le secteur des services et le domaine commercial (dont le rôle croissant de la commercialisation en ligne).

◆ Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (il y a 75 ans), la situation des Noirs a radicalement changé. Ces changements étaient initialement basés sur une mécanisation accrue et d’autres transformations de la production agricole, et l’économie en général ; ils ont été accélérés par une puissante recrudescence de la lutte des Noirs, qui a arraché des concessions à la classe dirigeante états-unienne soucieuse de conserver son image de « champion de la démocratie » et « leader du monde libre », notamment dans sa confrontation avec l’Union soviétique pendant plusieurs décennies après la Seconde Guerre mondiale. En raison de ces facteurs et d’autres encore, l’oppression des Noirs n’est plus centrée sur l’exploitation brutale dans le Sud rural, dans des conditions de quasi-esclavage (et dans certains cas d’esclavage réel) soutenue par la terreur du Ku Klux Klan, mais il s’agit au contraire d’une situation où des Noirs sont ségrégés et concentrés dans les zones urbaines à travers le pays et soumis à une discrimination systématique et à une brutalité continue et des meurtres par la police. Au cours des dernières décennies, en raison de l’intensification de la mondialisation et de l’automatisation de la production, en interaction avec la discrimination persistante, on a assisté à l’élimination d’un grand nombre d’emplois en usine qui avaient permis aux hommes noirs (et à certaines femmes) d’obtenir du travail mieux rémunéré dans les zones urbaines. En même temps, en conséquence des luttes pour les droits civils et la libération des Noirs des années 1960/début des années 1970, ainsi que d’autres facteurs, il y a eu une croissance de la classe moyenne noire. Mais il y a eu également une augmentation de ce qu’on appelle la « sous-classe », concentrée et enfermée dans des ghettos urbains et plus ou moins définitivement exclue de l’emploi stable au sein de l’économie « formelle ».

Incapables d’apporter une résolution positive aux contradictions aiguës liées à ces changements – incapables de mettre fin au racisme systémique, y compris la discrimination dégradante à l’encontre de segments de la population noire même économiquement plus aisés – incapables d’intégrer un grand nombre de Noirs dans l’économie « formelle » – les forces dirigeantes de la société ont répondu à cette situation par l’incarcération massive de millions d’hommes noirs (et un nombre croissant de femmes), par des arrestations, des procès, des condamnations et des peines qui incarnent encore plus de discrimination et d’injustice, et par le déchaînement et le soutien d’une terreur policière systématique, qui vise particulièrement les Noirs dans les milieux urbains défavorisés mais peut cibler n’importe quelle personne noire, n’importe où et n’importe quand. La tentative de faire respecter brutalement « l’ordre public », étant donné qu’une solution plus juste est impossible sous ce système, accroît la volatilité de la situation et provoque des nouveaux bouleversements – dont des protestations et rébellions, justifiées et justes – qui à son tour sont exploités par les forces fascistes en propageant leur grotesque représentation suprématiste blanche des masses noires comme « criminels » et « animaux non enfermés ».

Le fait qu’avec tous ces changements, et indépendamment de qui occupe les sièges du pouvoir, la discrimination systématique et l’oppression meurtrière ont persisté, a conduit certains Noirs à conclure que le Parti démocratique est le problème, puisqu’il a toujours cherché à obtenir le soutien des Noirs, mais a agi de manière répétée contre leurs intérêts. Alors même que le Parti républicain est devenu le véhicule d’une suprématie blanche manifeste et agressive, il est vrai que les Démocrates, et pas seulement les Républicains, ont présidé à l’oppression des Noirs. Mais quelle en est la vraie raison, et quelle est la véritable réponse à cette question ? La réalité est que la suprématie blanche est intégrée dans ce système de capitalisme-impérialisme, et aucun de ces partis de la classe dominante ne pourrait y mettre fin, même s’il le voulait. La réponse n’est pas de se rallier au Parti républicain fasciste, ni d’essayer de jouer ces partis bourgeois l’un contre l’autre, ou d’adopter le « capitalisme noir » et demander une meilleure « place à la table » – tout cela ne fera que renforcer le système d’oppression existant et profitera peut-être à quelques-uns au détriment du plus grand nombre. La réponse est la révolution, et l’établissement d’une société radicalement différente qui a la base ainsi que l’orientation pour déraciner et abolir la suprématie blanche, et toutes les relations oppressives.

◆ La situation et la position sociale d’un grand nombre de femmes ont profondément changé, tant au sein des Etats-Unis qu’au niveau international. Pour en citer une dimension importante, une grande partie de la main-d’œuvre des ateliers de misère dans le Tiers Monde est composée de femmes, contraintes de travailler dans des conditions horribles. Aux Etats-Unis, les changements dans le fonctionnement et la structure de l’économie (dans le cadre d’une économie mondiale de plus en plus globalisée) ont entraîné une forte croissance de l’emploi, et de l’exploitation, de femmes noires (et d’autres femmes de couleur), notamment dans les secteurs des services et du commerce de détail. En même temps, non seulement il y a plus de possibilités pour un grand nombre de femmes (en particulier les femmes blanches, mais aussi pour certaines femmes de couleur) de trouver des postes dans les professions et dans les affaires, mais c’est également devenu une nécessité afin de permettre leurs familles de maintenir un « mode de vie de classe moyenne ». Cette situation où plus de femmes sont employées en dehors du foyer, y compris un accroissement significatif du nombre de femmes occupant des postes de classe moyenne mieux rémunérés, a sérieusement mis à rude épreuve et considérablement miné la famille patriarcale « traditionnelle » (dominée par les hommes) ainsi que les relations patriarcales dans la société en général.

Tout cela a créé des conditions plus favorables pour – et a été très influencé par – la lutte contre l’oppression des femmes, qui s’est exprimée avec force dans le cadre de la recrudescence générale de la lutte radicale des années 1960 et a continué sous diverses formes depuis lors. Comme je l’ai dit dans mon livre Away With All Gods ! [titre complet – Adieu à tous les dieux ! Désenchaîner l’esprit et changer radicalement le monde] :

Avec les soulèvements des années 1960, beaucoup de choses ont été remises en cause, et pas seulement dans le domaine des idées, bien que cela soit extrêmement important, mais aussi dans la pratique, dans le domaine de la lutte politique – des choses qui sont fondamentales pour cette société. Et de nombreux changements se sont produits en partie à la suite de la lutte politique de masse et en partie à cause de l’évolution des caractéristiques et des besoins de l’économie. Encore une fois, l’une des dimensions les plus importantes de cette question portait sur le rôle des femmes, en particulier parmi les professionnels et d’autres secteurs de la classe moyenne, où il est devenu à la fois possible et nécessaire pour les femmes de travailler à plein temps, dans le but de maintenir un niveau de vie de classe moyenne. Associé aux expressions politiques et idéologiques du féminisme, et d’autres mouvements apparus dans les années 1960, cela a posé un défi très direct aux formes d’oppression traditionnellement institutionnalisées dans cette société.

Pourtant, l’élimination de la suprématie masculine est impossible dans les limites de ce système. Cela est vrai parce que la suprématie masculine a été profondément entrelacée dans le tissu de cette société, et parce que ce système est fondé sur les rapports marchands et l’exploitation capitalistes – les choses sont produites pour être échangées (vendues), par un processus dans lequel des masses travaillent pour un salaire pour créer un profit accumulé par des capitalistes qui les emploient et contrôlent leur travail – un système dans lequel l’unité familiale patriarcale reste une composante et une exigence économique et sociale essentielle, même si elle est soumise à des tensions croissantes. Et la partie fasciste de la classe dirigeante a, depuis plusieurs décennies maintenant, mené une attaque implacable contre les droits constitutionnels, et a mobilisé sa base sociale de fanatiques fondamentalistes religieux, pour affirmer avec force et souvent violemment l’oppression patriarcale « traditionnelle » – avec l’attaque contre le droit à l’avortement, et même à la contraception, un point majeur de cette tentative d’asservir essentiellement les femmes. Ce que j’ai écrit, il y a 35 ans, est aujourd’hui plus vrai que jamais :

Au cours des dernières décennies aux États-Unis, la situation des femmes et les relations au sein de la famille ont connu de profonds changements. Dans une seule famille sur dix, on trouve la situation « modèle » où le mari est le seul soutien de famille et l’épouse une « femme au foyer » totalement dépendante. Ces changements économiques se sont accompagnés de changements significatifs dans les attitudes et les attentes – et de tensions très importantes non seulement dans le tissu familial mais aussi dans les relations sociales en général…. Toute la question de la position et du rôle des femmes dans la société se pose avec de plus en plus d’acuité dans les circonstances extrêmes actuelles – c’est une poudrière aux États-Unis aujourd’hui. Il n’est pas concevable que tout cela trouve une autre solution que dans les termes les plus radicaux et par des moyens extrêmement violents. La question qui reste à déterminer est la suivante : s’agira-t-il d’une résolution réactionnaire radicale ou révolutionnaire radicale, signifiera-t-elle le renforcement des chaînes d’asservissement ou l’éclatement des maillons les plus décisifs de ces chaînes et l’ouverture de la possibilité de réaliser l’élimination complète de toutes les formes de cet asservissement.

Tout cela a permis une possibilité et un « espace » accrus pour l’affirmation de « l’identité » de genre et de relations qui vont à l’encontre des relations de genre traditionnelles oppressives – et, encore une fois, il y a eu la tentative souvent violente de réaffirmer et de renforcer les relations traditionnelles et de supprimer tout ce qui n’est pas conforme à cela.

La religion, et en particulier le fondamentalisme religieux, est un facteur puissant favorisant et renforçant la subordination patriarcale des femmes, ainsi que d’autres formes « traditionnelles » d’oppression. Voici un aperçu important de Kristin Kobes Du Mez, qui a grandi dans une ville de l’état d’Iowa remplie de fondamentalistes chrétiens blancs (« évangéliques blancs », selon l’auteure) qui sont la colonne vertébrale du fascisme américain actuel. Dans son livre Jesus and John Wayne: How White Evangelicals Corrupted a Faith and Fractured a Nation, [Jesus et John Wayne : comment les évangéliques blancs ont corrompu une religion et fracturé une nation], elle écrit :

Les évangéliques blancs ont reconstitué cette mosaïque de questions, et un engagement nostalgique envers une masculinité blanche militante, coriace et agressive sert de fil conducteur pour les relier en un tout cohérent. La domination d’un père au foyer est inextricablement liée à un leadership héroïque sur la scène nationale, et le destin de la nation dépend de ces deux éléments. [italiques ajoutés]

Étant donné le lien étroit entre le patriarcat militant et le fascisme, il n’est pas surprenant que certains (bien que clairement minoritaires) Noirs et Latinos aient été amenés à soutenir Trump, malgré sa suprématie blanche manifeste. (Cela inclut certains qui sont ou ont été des figures de proue du rap. Bien qu’il y ait eu des forces et des éléments positifs dans le rap et le hip-hop en général, ce qui a été de plus en plus promu est une culture chargée de, pour ne pas dire dominée par, la dégradation misogyne des femmes, ainsi que de l’admiration pour le type de gangstérisme « arnaqueur » qui est l’une des « qualités » définissant Trump). Il n’est pas non plus surprenant qu’un nombre même important de femmes (principalement des femmes blanches, mais aussi latines et d’autres femmes de couleur) aient été attirées par ce fascisme, car le phénomène des opprimés s’accrochant aux « chaînes de la tradition » qui les oppriment n’est malheureusement que trop fréquent. (Pensez aux mères dans la patrie, dont Claudia Koonz parle dans son livre portant ce titre – des femmes qui ont travaillé activement pour le suprémaciste masculin agressif Hitler, et les NAZI en Allemagne pendant la montée du fascisme dans ce pays dans les années 1930. Ou encore, écoutez les mots de la fasciste noire Candace Owens, qui a fait l’éloge d’Hitler pour ses efforts visant à « rendre la grandeur à l’Allemagne » : « Il n’y a pas de société qui puisse survivre sans hommes forts…. En Occident, la féminisation constante de nos hommes en même temps que le marxisme est enseigné à nos enfants n’est pas une coïncidence. C’est une attaque directe. Ramenez des hommes virils. » Bien sûr, pour les fascistes comme Owens, les hommes « forts » et « virils » sont ceux qui incarnent et imposent les relations traditionnelles entre les sexes, en exerçant une domination sur les femmes qui se soumettent à cette domination –et les hommes qui ne se conforment pas aux rôles et aux relations traditionnelles entre les sexes, les hommes qui soutiennent l’égalité entre les hommes et les femmes sont en quelque sorte « faibles », « efféminés », « émasculés »). Et pour les femmes blanches qui font partie de ce phénomène fasciste, dans lequel la virulente suprématie masculine est un élément déterminant et de cohérence, il y a aussi le fait que ces femmes peuvent s’associer à la suprématie blanche qui, en particulier dans un pays comme les États-Unis, est aussi un élément déterminant et décisif de ce fascisme et est étroitement entrelacée à la virulente suprématie masculine – comme le reflète la formulation de Kristin Kobes Du Mez : une masculinité agressive et militante blanche.

◆ Un résultat de l’intensification de la crise climatique, de la guerre et de la répression – et, en tant que force motrice dans tout cela, des changements majeurs dans l’économie mondiale dominée par le capitalisme-impérialisme, y compris la poursuite de la croissance et l’impact accru au niveau international de l’agro-industrie et des technologies entraînant le déplacement de la main-d’œuvre, ainsi que l’impact du contrôle de plus en plus monopolisé des semences et des produits chimiques, la monopolisation accrue de la commercialisation et les vastes investissements dans l’accaparement de terres – est une dislocation et un bouleversement massifs, affectant particulièrement les populations du Sud global (les pays d’Amérique latine, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie – le Tiers Monde). Une caractéristique importante de tout cela est l’urbanisation de masse : plus de la moitié de la population mondiale vit maintenant dans des zones urbaines, avec d’énormes bidonvilles abritant plus d’un milliard de personnes dans les villes du Tiers Monde, alors même que des dizaines de millions de personnes du Tiers-Monde ont été forcées de migrer vers les États-Unis et les pays d’Europe. Et la situation s’est développée de telle sorte que, dans certains de ces pays – les États-Unis en est un bon exemple – l’économie ne pourrait pas fonctionner sans l’exploitation d’un grand nombre d’immigrants, alors que beaucoup sont soumis à la menace constante de l’expulsion, ce qui les rend encore plus vulnérables à une exploitation extrême.

La ruine d’une grande partie de l’agriculture traditionnelle à petite échelle dans les pays du Tiers Monde et l’augmentation spectaculaire d’une population urbaine (ainsi qu’aux États-Unis et dans certains autres pays impérialistes) qui, en grand nombre, n’arrive pas à trouver du travail dans « l’économie formelle » – cela a également favorisé la croissance d’une économie illégale et de gangs (et, en particulier dans les pays du Tiers Monde, de cartels) basés sur cette économie illégale, surtout le trafic de drogue, mais aussi la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des jeunes filles victimisées violemment dans la prostitution, « l’industrie du sexe » et l’esclavage sexuel au sens propre. Cette situation considérablement changée et souvent très instable a aussi été un facteur majeur dans la montée du fondamentalisme religieux, dans le Tiers Monde et notamment aux États-Unis, où le fondamentalisme chrétien est une force sociale et politique négative puissante. La défaite, ou l’abandon, des mouvements dans le Tiers Monde dirigés par les communistes ou les nationalistes révolutionnaires contre les colonialistes de la vieille école et les oppresseurs néocoloniaux, surtout les États-Unis, dans la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, est interconnecté et interagit avec ces changements économiques et les changements sociaux correspondants d’une manière qui a contribué à l’influence accrue du fondamentalisme religieux, en particulier dans le Tiers Monde ; le plus grand revers a été le renversement du socialisme et la restauration du capitalisme en Chine dans les années 1970, qui a transformé la Chine d’un puissant pays socialiste et d’un phare et bastion de soutien à la lutte révolutionnaire dans le monde entier, en une puissance impérialiste en pleine ascension et en un exploiteur des masses en Afrique et dans d’autres parties du Tiers Monde.

La montée du fondamentalisme religieux s’est produite parallèlement et en opposition à la croissance du sécularisme (personnes qui ne sont pas religieuses, ou du moins qui ne font pas partie des religions traditionnelles), surtout parmi les populations urbaines les plus instruites. Ce sécularisme n’est pas en soi conçu ou prévu comme une attaque contre les personnes qui continuent à avoir des croyances religieuses, mais il sape objectivement la religion – et il est considéré comme une attaque « contre tout ce qui est saint » par les fondamentalistes religieux qui refusent même de tenter de concilier les croyances religieuses avec les résultats de la recherche scientifique, comme le reflète fortement leur attaque irrationnelle contre le fait scientifique solidement établi de l’évolution.

Dans cette division il s’agit essentiellement de l’acceptation, ou la négation et le rejet, de la pensée rationnelle fondée sur des preuves, y compris l’importance de la pensée critique, qui a été, dans un sens large, le prolongement des Lumières, apparues en Europe (en particulier en France) il y a plusieurs siècles. À cette époque, et depuis lors, les progrès de la science et les découvertes importantes qu’elle a produites ont donné une impulsion à la remise en question de la religion d’une manière qui n’était pas vraiment possible auparavant, puisque nombre de ces découvertes scientifiques contredisent clairement des écritures et des dogmes religieux bien ancrés depuis longtemps, et puisque la méthode scientifique rejette la reconnaissance des choses comme « réelles » si des preuves concrètes de leur existence ne peuvent être apportées, dans le monde matériel réel. Et, comme le souligne Ardea Skybreak, auteure du très important livre The Science of Evolution and the Myth of Creationism : Knowing What’s Real and Why It Matters, [La science de l’évolution et le mythe du créationnisme : Savoir ce qui est réel et pourquoi c’est important], la science fournit d’amples preuves que les êtres humains ont inventé toutes les religions qui existent dans le monde. (Dans un livre constitué d’un entretien avec Skybreak, Science and Revolution, elle souligne également que, bien que la « mauvaise science » ait parfois été utilisée à des fins très négatives, notamment pour promouvoir le racisme, la méthode scientifique elle-même fournit les moyens pour réfuter ceci : « on peut utiliser des méthodes scientifiques rigoureuses pour prouver que tout cela n’était que de la mauvaise science »).

Il est vrai que la science elle-même ne peut pas mettre fin à la croyance religieuse, comme le démontre le fait qu’un grand nombre de personnes religieuses se considèrent comme des partisans des Lumières et acceptent les découvertes et les conclusions de la science (jusqu’à un certain point au moins) mais insistent sur le fait qu’il existe un domaine de l’existence – impliquant un ou plusieurs êtres surnaturels – qui dépasse le champ d’application de la science. Et c’est un fait qu’en général, les représentants de la classe dirigeante des Etats-Unis, qu’ils soient « libéraux » ou « conservateurs » – et qu’ils croient personnellement en dieu ou non – considèrent la religion comme un élément crucial du maintien de la « cohésion sociale » du pays sur une base capitaliste, et travaillent à promouvoir la religion, en particulier le christianisme, sous une forme ou une autre. (Ils sont tous essentiellement des adeptes de l’affirmation attribuée à Napoléon : la société est impossible sans inégalité ; l’inégalité est impossible à maintenir sans une morale pour la justifier ; et une telle morale est impossible sans religion). Néanmoins (pour paraphraser une affirmation importante du physicien Steven Weinberg), bien que la science elle-même n’élimine pas la croyance religieuse, elle fournit une base pour ne pas croire en dieu et pour rejeter la religion. Cela constitue un conflit avec ceux qui croient que la religion est nécessaire pour une société ordonnée et « morale », et à plus forte raison avec ceux qui insistent sur un fondamentalisme religieux qui est totalement en décalage avec la réalité et avec une approche rationnelle à la réalité.

Cependant, s’il est vrai que, pour gagner leur pleine émancipation, les masses dans le monde devront finalement se débarrasser de la croyance religieuse en général, il est important de souligner que, dans le monde d’aujourd’hui, la polarisation ne se résume pas simplement à ceux qui ont rejeté la religion au nom des Lumières contre ceux qui s’accrochent à la croyance religieuse. Une polarisation importante se crée aujourd’hui entre d’une part ce que l’on peut appeler à juste titre des personnes décentes (y compris un grand nombre de personnes religieuses) qui s’opposent à l’injustice, et d’autre part ceux qui sont déterminés à faire revivre et à faire respecter les formes traditionnelles d’oppression. À cet égard, l’une des questions importantes est de savoir si les gens en viennent à adopter ou à rejeter deux qualités distinctives : la largeur d’esprit et la générosité d’esprit.

4 Tout cela apporte une fondation et un contexte pour comprendre ce qui s’est passé lors des élections récentes, pourquoi et quelles en sont les implications, à présent et à l’avenir. L’extrait suivant d’un article de Leonard Pitts Jr du 9 novembre 2020 (“The election of 2020 has ended at last, but the celebration has caveats”) [« L’élection de 2020 est enfin terminée, mais il y a des réserves quant à la célébration »° contient des éclairages importants. Le résultat de cette élection, écrit-il, « met à nu toutes les prétentions lustrées sur ce que nous sommes en tant que pays, soulignant le fait que dans un sens significatif, nous ne sommes plus du tout un seul pays, mais deux qui partagent les mêmes frontières. » Il continue :

La dernière fois que cela s’est produit [au moment de la Guerre civile], il a fallu quatre ans et 750,000 vies pour nous forcer à retrouver un semblant d’unité. Même à cette époque, les coutures de la fracture étaient toujours visibles.

Contrairement à cette rupture-là, celle-ci n’est pas nettement géographique : le Sud contre le Nord. Non, c’est la ville contre la campagne, ceux ayant fait des études universitaires contre ceux ayant un niveau d’études secondaires et, plus important encore, l’avenir contre le passé. Cela signifie qu’hier, c’était une nation où les blancs étaient majoritaires, et que demain, ce sera une nation où ils ne le sont plus.

Bien que Pitts ait raison que la division aujourd’hui est plus rurale contre urbaine que strictement le Sud contre le Nord, il est vrai que l’ancienne (et la nouvelle) confédération – et en particulier les blancs ruraux du Sud – restent le point d’ancrage d’une tentative mal fondée et mal intentionnée de restaurer le passé (au nom de « Rendre la grandeur à l’Amérique »). Comme je l’ai souligné dans le discours The Trump/Pence regime must go! en 2017 :

Il y a une ligne directe entre la Confédération et les fascistes d’aujourd’hui, et un lien direct entre leur suprématie blanche, leur dégoût et leur haine ouverts pour les personnes LGBT ainsi que pour les femmes, leur rejet délibéré de la science et de la méthode scientifique, leur chauvinisme primaire « l’Amérique d’abord » et leur claironnement de « la supériorité de la civilisation occidentale » ainsi que leur manière belliqueuse d’exercer le pouvoir militaire, y compris leur volonté exprimée et menaces flagrantes d’utiliser des armes nucléaires, pour détruire des pays.

En même temps, le clivage, et le choc, entre le passé et l’avenir sont plus profonds que les changements démographiques et la perspective d’une population états-unienne majoritairement non blanche. Les forces qui se battent pour le passé visent à inverser, avec virulence, même les modestes concessions qui ont été faites à la lutte contre l’injustice sociale et l’inégalité et l’oppression institutionnalisées, et à imposer une forme de dictature capitaliste qui est ouverte et non entravée par la Constitution et l’État de droit (ou qui transforme la Constitution et l‘État de droit en de simples instruments de tyrannie et d’atrocité fascistes).

Comme je l’ai dit dans ma communication du 1er août, le fascisme est « une dictature ouverte et agressive, piétinant et pervertissant l’État de droit, s’appuyant sur la violence et la terreur, au nom du système capitaliste prédateur et en tant que tentative extrême pour gérer une division sociale profonde et des crises aiguës (tant au sein du pays que dans l’arène mondiale) ». Bien que cela puisse maintenir les choses en place, de manière extrêmement négative, pendant un certain temps, en fin de compte, cela ne peut pas réussir – ne peut pas préserver indéfiniment ce système de capitalisme-impérialisme et ne peut pas conduire à un autre avenir que celui des horreurs pour l’humanité, si tant est que nous ayons un avenir. Et la prétendue « alternative », telle que représentée par exemple par le Parti démocratique aux États-Unis, impliquant un moyen « plus démocratique » d’exercer le pouvoir de ce système, continuera également à incarner et à imposer une souffrance terrible et totalement inutile aux masses de l’humanité et à constituer une menace existentielle pour l’humanité dans son ensemble, même si ce n’est pas toujours par le biais de la même brute et le rouleau compresseur d’horreurs sans concession que la forme fasciste de la dictature capitaliste.

Ce qui s’est exprimé à travers cette récente élection – ce qui, en fait, s’exprime à travers toutes les élections sous ce système – n’est pas la « démocratie » et la « volonté du peuple » dans un sens abstrait, mais spécifiquement un choix qui est fait entre les différents représentants de ce système de capitalisme-impérialisme, ce qui est le seul choix « réaliste » qui est, ou pourrait être, proposé sous ce système. Dans cette situation particulière et extraordinaire, ce choix – entre le pouvoir capitaliste par un régime fasciste ou bourgeois démocratique – a en fait constitué une vraie différence, au point qu’il était juste de soutenir un côté, les Démocrates, afin de faire échouer la tentative de consolider davantage le fascisme. Mais cela ne change rien au fait qu’il s’agissait d’un vote selon les conditions du même système qui a produit ce fascisme et qui continuera à fournir un terreau fertile à ce fascisme en même temps qu’il continue à générer horreur après horreur pour l’humanité – des horreurs qui ne sont cachées qu’à ceux qui ne regardent pas, ou refusent de regarder. La version « libérale » (ou « grand public ») du mode de gouverner de ce système s’intègre dans l’imposition de l’exploitation et de l’oppression des masses populaires aux Etats-Unis et à travers le monde (y compris les plus de 150 millions d’enfants du Tiers Monde qui sont cruellement surexploités dans des ateliers clandestins et des mines). Faire respecter tout cela, et faire échouer les tentatives par des rivaux pour obtenir une plus grande part de ce pillage et remplacer les États-Unis en tant que puissance dominante du monde – voilà ce que les représentants « libéraux » (et d’autres) de ce système veulent dire lorsqu’ils parlent des « intérêts nationaux » américains. Et c’est là le fondement de l’approche « progressiste » consistant à permettre plus de « diversité » et « d’inclusion » pour les couches de cette société auparavant exclues, et à promouvoir certains aspects de la science, sur la base et surtout aux fins de ce pillage international, des humains comme de l’environnement.

5 Pour souligner une fois de plus ce point crucial : Il faut faire face à la réalité fondamentale selon laquelle il n’y a pas d’avenir digne d’être vécu pour les masses de gens et, en fin de compte, pour l’humanité dans son ensemble sous ce système, qui a engendré un fascisme puissant ; qui est la source de souffrances atroces et inutiles, non seulement pour des masses des Etats-Unis mais pour des milliards de personnes à travers le monde ; et qui constitue une menace croissante pour l’existence même de l’humanité, en raison de ses stocks massifs d’armes nucléaires ainsi que de la destruction accélérée de l’environnement. Il est vrai – et c’est une vérité importante – que le régime Trump/Pence (et des régimes semblables, comme celui de Bolsonaro au Brésil, par exemple) a beaucoup aggravé la crise environnementale, qu’il a, pour ainsi dire, accéléré l’accélération de la destruction de l’environnement. Mais la dynamique et les exigences de ce système sont les moteurs de la crise climatique vers le point de non-retour, indépendamment de la personne ou du régime qui en est le représentant politique dominant. On vante souvent le capitalisme comme étant un système « dynamique », qui apporte constamment des changements. Mais il s’agit d’un « dynamisme » basé sur l’exploitation pour un profit privé accumulé, un dynamisme impulsé par l’anarchie (et la concurrence anarchique entre les capitalistes), et cette même anarchie propulse les choses rapidement vers un seuil existentiel – au-delà duquel l’humanité pourrait bien être poussée de manière irréversible – si ce système de capitalisme, dans son expression impérialiste mondialisée, continue à dominer le monde.

Étant donné à quel point la base sociale fasciste aux Etats-Unis a été conditionnée à identifier faussement et ridiculement les Démocrates (même les Démocrates « centristes » comme Biden) comme « socialistes radicaux » (ou même « communistes ») et à les haïr viscéralement pour cela – en grande partie à cause des concessions limitées des Démocrates à la lutte contre l’oppression raciale et de genre, à la nécessité de s’occuper de la crise climatique, et à une prise de conscience de l’histoire véridique du pays – il est extrêmement ironique que seul un puissant mouvement visant le socialisme réel, en tant que société radicalement nouvelle et émancipatrice et la transition vers l’objectif fondamental du communisme à l’échelle mondiale, puisse créer la base pour un nombre important de gens, les jeunes en particulier, qui se sont empêtrés dans ce fascisme de s’en détacher et de participer à la lutte visant une résolution positive des contradictions que ce système de capitalisme-impérialisme intensifie continuellement. (Comme toute personne rationnelle peut facilement le constater, le nombre relativement restreint de « socialistes démocratiques » qui font partie du Parti démocratique ne sont en aucun cas des « socialistes radicaux » – ou de vrais socialistes tout court – mais sont des social-démocrates qui visent non pas l’abolition du système capitaliste et son remplacement par un système socialiste, mais des réformes au sein du système capitaliste qui ne changeraient pas, ou n’auraient pas d’effet significatif sur, sa nature fondamentale et son fonctionnement).

Le fait est qu’il n’est pas possible de restaurer (ou de créer à nouveau) un mode de vie idéalisé qui aurait existé à la fin du 19e siècle et dans la première partie du 20e siècle aux Etats-Unis, ni de retourner à une Amérique idyllique imaginée, caractérisée par des « valeurs traditionnelles » qui récompensent en quelque sorte assez bien les « vertus » telles que le travail dur, et où les gens occupaient la place qu’ils méritaient (ou que dieu voulait qu’ils occupent) dans la société – un passé qui n’a réellement existé que dans l’esprit de ceux qui cherchent une « restauration » illusoire de cela, et qui ont été conditionnés à haïr irrationnellement tout le monde et tout ce qui est censé l’avoir détruit. Et il n’est pas possible de revenir à la situation qui a existé pendant plusieurs décennies après la Seconde Guerre mondiale, où un grand nombre de personnes (surtout, mais pas seulement, des hommes blancs) sans formation universitaire pouvaient avoir des emplois dans les grandes industries comme l’automobile et l’acier à un salaire qui rendait possible un « niveau de vie de classe moyenne ». Il est vrai qu’il n’y a pas de base pour cela, non pas à cause des conspirations de « libéraux sataniques qui boivent le sang d’enfants victimes de trafics », mais, encore une fois, à cause des rouages de ce système de capitalisme-impérialisme, qui ont conduit ce monde à être façonné tel qu’il est, et à se diriger vers le désastre environnemental que ce système est en train de créer à toute allure, s’il n’éteint pas l’humanité d’abord par une guerre nucléaire déclenchée par les puissants détenteurs d’arsenaux nucléaires massifs.

Et personne ne devrait vouloir revenir au vrai passé : à un monde marqué par la pauvreté et des maladies à grande échelle, au-delà même du terrible bilan que cela représente aujourd’hui, en particulier dans le Tiers Monde ; avec les destructions et les souffrances atroces provoquées par les deux guerres mondiales du 20e siècle, au cours desquelles des dizaines de millions de personnes ont été massacrées, et les attaques à la bombe atomique déclenchées par les États-Unis sur deux villes japonaises à la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui ont immédiatement incinéré des centaines de milliers de Japonais et ont inauguré « l’ère nucléaire » ; avec des États-Unis caractérisé par une ségrégation ouverte et institutionnalisée, une discrimination et un statut de « seconde classe » pour les personnes de couleur et les femmes, et une existence brutalement réprimée pour les LGBT, et les Noirs en particulier soumis à une terreur continuelle, marquée par des lynchages répétés et d’autres actes dépravés qui les accompagnent. L’avenir ne réside pas dans le passé (réel ou imaginé), mais dans le fait d’aller de l’avant vers une société socialiste réelle et, finalement vers un monde communiste, où l’orientation fondamentale et la politique pratique est de répondre aux besoins matériels, intellectuels et culturels de la population, tout en donnant une place croissante à l’initiative individuelle, sur la base et dans le cadre du fondement et de l’éthique collectifs et coopératifs de la société, où les très anciens rapports économiques et sociaux d’exploitation, d’inégalité et d’oppression sont dépassés, et où le bien-être des uns ne repose plus sur la misère des autres.

Il doit être clair que la polarisation actuelle et les problèmes profonds auxquels il faut faire face ne peuvent pas être résolus en essayant « d’ajuster » les choses dans les limites de ce système. L’exemple du mouvement « Occupy » de la dernière décennie en est une autre illustration. Cette tentative de repolariser effectivement les 99 % contre le 1 % de super-riches a échoué, en grande partie parce que les relations sociales (telles que les relations oppressives entre les différentes « races » et les genres), et pas seulement les rapports économiques, sont des forces matérielles puissantes, et une bonne partie de ces « 99 % » est déterminée à maintenir ces relations sociales inégales et oppressives dont elle bénéficie (ou croit fortement qu’elle en bénéficie), surtout dans cette société capitaliste qui oppose les gens les uns aux autres dans une compétition souvent impitoyable. Ce n’est que sur la base d’un système économique radicalement différent – un système économique (mode de production)socialiste, où les ressources productives de la société sont collectivisées, mobilisées et utilisées, de manière planifiée, pour répondre aux besoins matériels, intellectuels et culturels de la population, sur une base sans cesse croissante – qu’il peut y avoir une base favorable pour déraciner et transformer les relations sociales qui incarnent l’oppression, et les modes de pensée qui accompagnent et renforcent cette oppression, en allant au-delà de la situation où (comme Lénine l’a si bien dit) les gens ne sont pas simplement encouragés mais sont contraints de calculer avec l’avarice d’un radin, quelle est leur position par rapport aux autres.

6 Tout cela montre bien, encore une fois, la nécessité de ne pas simplement « faire face à la réalité » mais d’appliquer systématiquement le principe selon lequel la science et la vérité comptent, et donc d’engager sérieusement l’analyse scientifique (que j’ai esquissée ici) du problème auquel l’humanité est confrontée, et de la solution : vers où le monde se dirige en ce moment, sous la domination de ce système, et la direction radicalement différente qu’il doit et peut prendre. Cela exige une volonté d’appliquer cette même approche – c’est-à-dire que la science et la vérité scientifiquement déterminée comptent – au communisme et à l’expérience historique du mouvement communiste, et en particulier au nouveau communisme qui est le résultat de décennies de travail que j’ai effectué. Ce nouveau communisme est une continuation de la théorie communiste telle qu’elle avait été développée auparavant, mais il représente également un saut qualitatif au-delà de cette théorie et, à certains égards importants, une rupture avec elle. Contrairement à ceux qui calomnient et condamnent, ou simplement ignorent, le communisme et l’expérience historique du mouvement communiste, j’ai moi-même fait – et j’ai amené d’autres personnes à faire – des études scientifiques sérieuses et approfondies – des enquêtes et des analyses – de l’histoire du mouvement communiste et des sociétés socialistes qu’il a engendrées (ainsi que des pays qui se sont déclarés « socialistes » mais qui ne le sont pas en réalité, comme Cuba depuis 1959, le Venezuela au cours des dernières décennies, ainsi que l’Union soviétique et les pays d’Europe de l’Est, où le capitalisme a été restauré et où il a régné depuis plus de 60 ans, bien avant qu’ils ne deviennent des pays ouvertement capitalistes il y a quelques décennies). Cette approche scientifique a conduit à la conclusion qu’avec les vraies sociétés socialistes qui ont vu le jour, sous la direction des communistes, d’abord en Union soviétique et ensuite en Chine (avant la restauration du capitalisme dans les années 1950 dans le premier cas et dans le second après la mort de Mao en 1976), cette expérience du socialisme a été principalement – et dans le cas de la Chine – très majoritairement positive, alors que secondairement, il y a eu également des erreurs importantes, dans certains cas graves, voire très graves.

S’inspirant de cette expérience historique du mouvement communiste et d’un large éventail d’activités humaines, le nouveau communisme, en tant que sa méthode et approche de définition, souligne l’importance cruciale de la science et de l’application de la méthode scientifique à tout – à la société comme à la nature. Il rejette fermement toute approche qui reviendrait à appliquer et à justifier la notion creuse et extrêmement néfaste selon laquelle « la fin justifie les moyens » et que la « vérité » n’est qu’un « instrument » des objectifs souhaités, plutôt que ce qu’elle est réellement : un reflet correct de la réalité objective.

C’est cette même méthode et approche qui a été appliquée pour approfondir continuellement la compréhension de la nature et du fonctionnement du système du capitalisme-impérialisme qui continue à ce jour à dominer le monde, avec des conséquences et des implications terribles pour l’humanité et son avenir. Et ce travail se poursuit en tant que partie importante du développement du mouvement révolutionnaire nécessaire pour abolir enfin ce système et faire naître un monde radicalement différent et bien meilleur. S’il reste beaucoup à faire et de nombreux défis à relever, on peut trouver une analyse et une synthèse scientifiques des questions fondamentales relatives à la situation de l’humanité et à la possibilité d’une émancipation humaine – sous des formes plus concentrées et plus populaires et dans des ouvrages d’une profondeur considérable – dans des discours et des écrits de ma part et dans d’autres documents disponibles sur revcom.us. Et une vision de grande portée et un plan concret pour une société radicalement différente et émancipatrice, sur la voie de l’objectif final d’un monde communiste, sont présentés dans la Constitution for the New Socialist Republic in North America, dont je suis l’auteur.

Il est un fait qu’il n’y a nulle part ailleurs, dans aucun autre document fondateur ou directeur, réel ou proposé, d’un gouvernement, quelque chose qui ressemble non seulement aux protections mais aussi aux dispositions relatives à la dissidence et au ferment intellectuel et culturel qui sont incarnées dans cette Constitution, alors que celle-ci a, comme noyau solide, un fondement dans la transformation socialiste de l’économie, dans le but d’abolir toute exploitation, et la transformation correspondante des relations sociales et des institutions politiques, afin de déraciner toute oppression, et la promotion, par le biais du système éducatif et dans la société dans son ensemble, d’une approche qui « permettra aux gens de poursuivre la vérité où qu’elle mène, avec un esprit critique et une curiosité scientifique, et ainsi d’apprendre continuellement sur le monde et d’être mieux à même de contribuer à le changer conformément aux intérêts fondamentaux de l’humanité ». Tout cela va déchaîner et libérer une formidable force productive et sociale d’êtres humains capables et inspirés pour travailler et lutter ensemble afin de répondre aux besoins fondamentaux de la population – en transformant la société de manière fondamentale et en soutenant et en aidant la lutte révolutionnaire à travers le monde – visant l’objectif final d’un monde communiste, libre de toute exploitation et oppression, tout en abordant la crise environnementale et écologique véritablement existentielle, d’une manière significative et globale, ce qui est impossible sous le système du capitalisme-impérialisme.

Beaucoup trop de gens ont rejeté cela – ou, plus souvent, n’ont pas réussi ou ont refusé à chercher à l’interroger et le comprendre sérieusement – en raison de l’ignorance et des préjugés qui ont leur source ultime dans la distorsion implacablement propagée par les gardiens de l’ordre actuel, et qui servent à renforcer cet ordre extrêmement oppressif. Il faut dire ici (et on peut le démontrer aisément) que l’attaque bourgeoise « libérale » contre le communisme est, à sa manière, aussi ridicule et scandaleuse – grossièrement en violation de la méthode scientifique et en opposition flagrante avec les faits réels – que la mutilation fasciste de la vérité dénoncée sans cesse par les « libéraux ». Cela fait beaucoup de mal à l’humanité : Refuser d’appliquer une approche honnête et scientifique du communisme, de l’histoire réelle du mouvement communiste et du développement du nouveau communisme, et agir en opposition à une telle approche, contribue à bloquer la seule véritable alternative à ce système vraiment monstrueux du capitalisme-impérialisme – la seule alternative viable qui représente les intérêts fondamentaux et un avenir digne d’être vécu pour les masses de l’humanité et, finalement, pour l’ensemble de l’humanité. Le chemin vers un monde meilleur n’est pas, et ne sera pas, facile – on ne pourra pas y arriver sans une lutte déterminée et, oui, sans de grands sacrifices. Mais continuer sur la voie actuelle, sous la domination de ce système de capitalisme-impérialisme, signifie une continuation des horreurs déjà perpétrées dans le monde aujourd’hui, des horreurs bien pires qui menacent d’apparaître dans un avenir immédiat, et du danger existentiel très réel qui se profile de plus en plus.

Face au poids écrasant du fascisme qui continue de menacer et de monter en puissance, un grand nombre d’entre nous, qui en sommes profondément écœurés et indignés, et qui aspirons à quelque chose de bien meilleur, avons lancé et sommes ralliés à l’appel selon lequel la science et la vérité comptent et doivent être notre guide. Soyons maintenant suffisamment courageux et audacieux pour appliquer ce guide sans entrave, déterminés à rechercher la vérité et à suivre la vérité où qu’elle nous mène, en surmontant tous les obstacles à cela, y compris les illusions les plus chères et les préjugés tenaces qui vont à l’encontre de la réalité et de la vérité scientifiquement établie. Osons agir pour faire une réalité de ce que la science révèle comme possible : un monde et un avenir radicalement différents et bien meilleurs pour l’humanité.